C'est la première du genre en Suisse. Depuis le 3 juillet 2026, la station vaudoise Villars-Gryon-Diablerets propose à qui veut s'y risquer de se jeter dans le vide au-dessus de la plaine du Chablais. La Balanc'AIR, une balançoire géante pour trois personnes tractée jusqu'à 90° avant d'être larguée, est perchée à 2 110 mètres d'altitude, juste à la sortie du télésiège du Grand Chamossaire. La descente dure deux à trois minutes, face au lac Léman et aux Alpes. Cinq cents curieux dès le premier week-end.

Un modèle de station à bout de souffle

Derrière l'attraction à sensations, il y a surtout une décision stratégique. Le constat posé par la station est brutal : Villars-Gryon-Diablerets réalise aujourd'hui 95 % de son chiffre d'affaires entre décembre et mars. Un modèle intenable à long terme, alors que l'enneigement devient incertain sous 1 600 mètres. « Nous devons nous transformer dès maintenant », résume Martin Deburaux, directeur des remontées mécaniques, qui vise 20 % de revenus estivaux dans les prochaines années. La Balanc'AIR est le premier étage de cette bascule.

Photographie en plan large diurne prise sur un promontoire rocheux du Grand Chamossaire pendant le chantier de montage de la balançoire géante Balanc'AIR au printemps 2026, hélicoptère de transport de charges Kaman K-Max blanc et rouge de la compagnie suisse Rotex en vol stationnaire au centre du cadre suspendant une longue élingue verte à laquelle est attaché un pylône métallique noir en cours de dépose sur une plateforme en construction en bois clair au sommet de la crête, deux ouvriers en gilet orange fluo attendent la charge en contrebas, panorama grandiose sur les Alpes vaudoises et suisses avec sommets pointus enneigés du massif des Diablerets à droite pâturages verts en contrebas et vallée du Chablais dans la brume matinale, ciel bleu vif avec flare solaire éclatant en haut à droite
L'hélicoptère Kaman K-Max de Rotex hélitreuille les pylônes noirs de la Balanc'AIR au sommet du Grand Chamossaire, avant l'ouverture au public du 3 juillet 2026. Crédit : Villars-Gryon-Diablerets.

Une expérience pensée pour être vue

L'idée est maligne parce qu'elle coche toutes les cases du marketing expérientiel. Une montée à 90°, deux à trois minutes de bascule et un panorama sur le lac Léman et les Dents-du-Midi. Une expérience courte, intense et parfaite pour circuler sur Instagram et TikTok, incluse dans le forfait ou dans le Magic Pass. Le coût d'entrée reste raisonnable : 9 € par personne en plus du titre de transport, dès 5 ans et 125 cm. Résultat : cinq cents amateurs de grand frisson dès le premier week-end d'ouverture, sans campagne d'affichage.

Diversifier sans bétonner

Le choix de la balançoire n'a rien d'anodin. « Notre objectif est de valoriser les sites déjà exploités », insiste Martin Deburaux. Faible emprise au sol, treuil simple, implantation sur un site déjà équipé de remontées mécaniques : la station veut créer de la valeur touristique sans multiplier les aménagements. Une désaisonnalisation mesurée, plutôt qu'une fuite en avant vers de nouveaux téléphériques ou de nouveaux hôtels. Un choix rare, dans un secteur où la course à l'équipement lourd est plutôt la norme.

Ce que ça dit du tourisme de montagne

Au fond, la Balanc'AIR raconte la mutation de tout un secteur. Face au dérèglement climatique et à la fin annoncée de la neige à basse altitude, les stations basculent d'une logique d'équipement lourd vers des dispositifs légers, réversibles et faits pour circuler en ligne. La montagne se réinvente en terrain de jeu quatre saisons, où l'expérience prime sur l'infrastructure. À Villars, l'attraction restera ouverte tous les jours de 10 h 20 à 16 h 40 jusqu'au 25 octobre, avant de reprendre l'hiver prochain. Le manège s'utilise indifféremment en tenue de rando ou en veste de ski.